Arbre à kiwi : une liane à planter, palisser et tailler

Des kiwis encore accrochés à la liane, couverts de leur duvet brun
Photo : JJ Harrison, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

Comment planter un arbre à kiwi ? La question revient sans arrêt au rayon fruitiers, et elle part d’une erreur facile à corriger : le kiwi ne pousse pas sur un arbre. C’est une liane, l’actinidia, qui s’enroule autour d’un support et peut couvrir plusieurs mètres en une saison. Autant le savoir avant de creuser un trou au milieu du verger.

Originaire de l’ouest de la Chine, la liane est passée par les jardins botaniques européens avant de devenir une culture de plein champ. Son fruit garde d’ailleurs deux noms : la groseille de Chine et le kiwi, repris de l’oiseau emblématique de la Nouvelle-Zélande.

En Périgord, la liane a ses chances, à condition de bien choisir sa place. Le Sud-Ouest compte parmi ses régions de prédilection, mais deux contraintes locales restent à gérer : les gelées de printemps, qui brûlent les jeunes pousses et les fleurs, et les étés secs sur des sols souvent calcaires, qui épuisent une plante gourmande en eau. Un mur abrité du vent du nord, un arrosage suivi et un paillage épais font l’essentiel du travail.

Une liane, pas un arbre

L’actinidia fait partie de ces plantes qui ont besoin d’être guidées. Ses tiges volubiles s’enroulent d’elles-mêmes, ses feuilles caduques dessinent de grands cœurs, et la pousse atteint facilement cinq à dix mètres par saison. Livrée à elle-même, la liane s’effondre sur son propre poids, s’emmêle et rend la cueillette acrobatique.

Le support doit donc être sérieux. Un pied adulte porte plusieurs dizaines de kilos de fruits : poteaux de deux mètres, trois ou quatre rangs de fil de fer, une pergola ou une tonnelle solide, ou un grillage fixé contre un mur. Les deux premières années, on ne cherche pas à récolter mais à bâtir la charpente, en attachant les premières tiges avec un lien de raphia avant qu’elles ne s’accrochent seules.

Il faut un couple, et c’est le vrai piège

Voilà l’explication de la plupart des kiwis stériles dans les jardins. L’actinidia est une plante dioïque : certains pieds ne portent que des fleurs femelles, qui donneront les fruits, d’autres uniquement des fleurs mâles, réduites à du pollen. L’espèce n’est pas autofertile, et un pied isolé ne donnera jamais rien, même en fleurissant superbement.

La règle courante est d’un pied mâle pour cinq ou six pieds femelles, planté au milieu de la rangée ou à proximité immédiate : les butineurs doivent pouvoir passer de l’un à l’autre. Les fleurs, blanc crème, très parfumées, s’ouvrent en grappes de trois à cinq en mai et juin. Le vent ne suffit pas à les polliniser, ce sont les abeilles et les bourdons qui font le travail : on évite donc tout traitement pendant la floraison.

Depuis une trentaine d’années, des variétés autofertiles sont vendues, pratique sur une terrasse ou dans un petit jardin. Leur production reste souvent décevante, avec des fruits plus petits. Les noms à retenir en pépinière : ‘Hayward’ côté femelle, gros fruits et excellente conservation, ‘Tomuri’ ou ‘Matua’ côté mâle.

Planter au bon endroit

Dès l’automne si le climat est doux, plutôt en mars ou avril là où les hivers sont froids : les racines s’installent avant les chaleurs. L’exposition idéale est est ou ouest, en plein soleil mais à l’abri des vents forts, le long d’un mur chaud.

Le trou se prépare sur environ quarante centimètres en tous sens, mélangé à du compost ou du fumier composté et à un engrais de fond pour arbre fruitier, avec une cuvette d’arrosage au pied. Côté distances, comptez quatre à six mètres entre les pieds sous une pergola, six à huit mètres le long d’un mur ou d’un grillage.

Le sol, lui, doit rester frais, profond, drainé et riche en humus. L’actinidia craint l’eau stagnante en hiver, supporte un peu de calcaire mais pas l’excès : sur une terre très calcaire et sèche, prévoyez du compost chaque année et une surveillance accrue en juillet et août.

Arroser, nourrir, surveiller

Le pied garde un sol frais toute la belle saison, avec des arrosages réguliers les premières années et un paillage qui limite l’évaporation. En mars, un engrais pour arbres fruitiers, environ cent grammes au mètre carré, accompagné d’un binage léger. Dans les zones les plus froides, on paille le pied des jeunes plants avant l’hiver.

En culture amateur, la plante est peu maladive. Elle redoute surtout le vent, la grêle et les coups de chaud : en été, quand le temps est sec, brumisez le feuillage avec une eau peu calcaire pour éviter les araignées rouges.

Tailler en hiver, pincer en été

La taille commence une fois la liane installée. En hiver, après la récolte, on raccourcit les rameaux secondaires à cinquante centimètres environ et on supprime les gourmands, sur les pieds mâles comme femelles. En début d’été, on raccourcit les rameaux fruitiers après la deuxième ou troisième grappe : les fleurs restent accessibles aux butineurs et les fruits prennent le soleil. Sur une liane enchevêtrée, éclaircissez d’abord les branches les plus anciennes, au ras de la charpente, avant de démêler le reste.

De la fleur au fruit

La première récolte arrive trois à quatre ans après la plantation. Vers la dixième année, la production devient abondante : les guides de culture annoncent trois cents à cinq cents fruits par pied et par an, parfois pendant plusieurs décennies.

La cueillette se fait à l’automne, entre septembre et novembre selon le climat : les fruits se ramassent encore fermes, souvent quand les feuilles commencent à tomber, et plus on remonte vers le nord, plus la récolte est tardive. Ils finissent ensuite de mûrir en cagette, dans un local frais, sec et aéré, où ils se conservent trois à quatre mois.

Des cousins plus rustiques

Si votre jardin prend le gel de plein fouet, il existe des alternatives. Le kiwaï, ou kiwi de Sibérie, donne de petits fruits lisses qui se mangent avec la peau ; il est nettement plus résistant au froid et se contente de deux mètres entre les pieds. L’actinidia kolomikta, elle, séduit par son feuillage tricolore et donne aussi de petits fruits comestibles en fin d’automne.

Et si l’envie vous vient d’acheter français : la culture du kiwi est bien installée dans le Sud-Ouest, où celle du Pays de l’Adour bénéficie d’une indication géographique protégée et d’un Label Rouge.

Rien de très compliqué, au fond : deux pieds au lieu d’un, un support costaud, un mur abrité et une taille par an. Le reste, la liane s’en charge.

Pour aller plus loin : le potager en Périgord et les plantes pour terrain calcaire, si votre sol est du genre sec et clair.

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